samedi, mars 27, 2010

Notes sur l'autre jour
Les lieux de vie, les maisons sont le reflets de leurs habitants. Les ateliers aussi. L'idée me vient toujours de faire des photos autour des objets entrevus. Là c'était les presses, les machines, le papier et l'encre. L'encre était cachée, invisible et pourtant présente partout dans l'atelier. Et les lettres rangées par familles dans leurs tiroirs. Sur les mains dans les yeux sous la couche épaisse des images punaisées aux murs. Puissions-nous être encore un peu enfants pour voir  Ce qui est caché, non visible comme dans l'intimité de la parole échangée, et qui pourtant a le plus de valeur. ça imprime. Des mots ont été échangés évidemment puisque nous sommes des grandes et vieilles personnes. Je n'en ai rien retenu. Des questions posées pour meubler un peu ce territoire désert entre les deux cerveaux. Beaucoup de banalités de ma part, bien sûr comme d'habitude, comme si je n'étais capable que de cela, face à un homme qui pourrait être mon père.  Energie basse aux tropiques du cancer. Suis-je à ce point impressionnée ou amoureuse ? avec l'envie d'être aimée pour ce que je suis, c'est à dire indécise, imparfaite, même pas aimée d'ailleurs. Qu'ais-je besoin d'amour, simplement d'être appréciée et d'avoir le coeur haut, d'être dans l'échange, le respect de l'autre et le don.  La question de mon rapport à l'édition comme celle de mon rapport à l'art, en tant qu'activité créatrice me questionne et je ne l'ai pas résolue. J'ai juste -peut être est-ce de la culpabilité, de la honte, je ne sais pas- juste cette difficulté à me définir comme autre que ce que j'ai été jusque-là. Difficulté à me définir dans une activité centrée sur l'égo et finalement profondément égoïste. Liée au plaisir de la création et à sa position en marge, comme une activité superficielle où l'on croit échapper à l'aliénation ambiante (on ne gagne pas d'argent) mais où l'on s'expose finalement  à s'illusionner de soi et de ses créations, ce qui justifie une grande méfiance. rien ne me paraît essentiel qui soit autre que lié à la relation humaine. A l'amélioration de cette relation-là. Le temps qu'il faut pour créer des relations vraies a quelque chose à voir avec la transcendance, et la recherche spirituelle. Vivre la durée plutôt que l'aventure et le desordre. Mon côté pragmatique et austère rechigne, résiste  et m'empêche finalement d'être une artiste et de le dire, avec tout ce qui va avec. Peut-être est-ce la peur de rater, de m'exposer alors que je n'aime tant que la solitude et la liberté, alors que je cherche spontanément dans l'acte humain, et l'écriture en est un, ce par quoi, justement l'humain s'approfondit, cette part d'absolu à laquelle tous nous prétendons, un jour ou l'autre avoir accès sans savoir par quel moyen il nous sera donné de le vivre.