maison de Philippe Jaccottet à Grignan (Photo mathilde Vischer 2000)"Ce lieu a été de manière inattendue la source de beaucoup de livres, ou plutôt, car c’est ce qui importe, la source de l’expérience qui a nourri ces livres et qui a été tout à fait déterminante. Ce lieu-là est donc évidemment le lieu avant tous les autres. "
"... Dans ces proses, à partir d’une rencontre que je pourrais dire généralement “illuminante”, j’ai essayé de cerner avec les mots ces moments vécus comme de petites épiphanies, souvent très modestes, mais qui m’ont paru receler une sorte de parole tout à fait essentielle. Ces moments étaient ceux de promenades sans but, sans intention littéraire bien évidemment, qui me mettaient en contact immédiat avec le monde naturel. "
"Mon écriture se singularise d’ailleurs peut-être par le creusement de cette expérience, à la fois pour la dire et pour la faire rayonner. Il me paraît essentiel de faire rayonner ce qui vous a été donné, pour des raisons profondément et essentiellement humaines, notamment pour contrer le nihilisme."
"La vie vous empêche souvent d’être dans la justesse, il arrive qu’elle contredise ce besoin utopique, mais l’utopie reste une orientation. Il est vrai que justesse de vie et justesse de parole sont inséparables pour moi. Il me semble que je sens, quand je me relis, là où cela dérape, où cela cesse d’être juste, même si c’est quelque chose de mystérieux. Il y a pour chaque expérience à décrire des mots qui sont plus vrais que d’autres, même si ce processus, pour l’ensemble de l’expérience, appartient à quelque chose qui est d’un ordre existentiel, et peut-être même inconscient. S’il y a correction ensuite, dans chaque cas, le mot qui dit la chose doit correspondre le mieux possible à la chose vécue."
"Comme on sait, je suis plutôt quelqu’un qui doute de lui-même et de ce qu’il écrit"
« Nourri d’ombre, je parle
et remâchant maigre pâture de ténèbres,
pauvre, faible, adossé aux ruines de la pluie,
je prends appui sur ce dont je ne puis douter,
le doute, et habitant l’inhabitable je regarde
je recommence à marmonner contre la mort
sous sa dictée (…) » (p. 25 de " La Semaison")


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