mercredi, août 30, 2006

63.
Je lisais Giono ce matin quand le petit écureuil noir est passé en sautillant, traçant dans la lumière le jaillissement de sa queue couleur café.
il s'est arrété un instant, ce qui est rare, dressé sur ses pattes arrières, il a humé l'air puis a traversé l'allée passant de l'ombre à la lumière, cherchant les écorces des arbres , les épines et les pailles.
j'ai continué la lecture , l'histoire d'un Comte qui passe ses soirées à faire des fromages , et tous les soirs il fabrique ses fromages mais l'histoire ne dit pas s'il les mange ou pas, ni s'ils pourissent finalement de ne jamais être mangés les fromages ou s'ils font le régal des souris qui comme chacun sait n'aiment plus le fromage mais le lard et le chocolat.
Il y avait quand même une certaine continuité dans ce que faisait le Comte dans sa vie. Depuis toujours il faisait des fromages , dans la durée de sa vie il faisait des fromages, à une certaine heure du soir , c'était simple, et il n'avait aucune question à se poser, aucune angoisse existentielle, il savait quoi répondre aux gens qui voulait savoir à quoi il occupait sa vie. Il avait aussi compris pas mal de choses le Comte , qu'on avait un coeur et qu'on devait s'en servir pour faire des choses grandes et trouver des raisons individuelles de grandeur.
Il explique cela à une espèce de vieille qui fait de la soupe aux orties , un infame bouilli d'escargots et cache toujours des oiseaux dans ses poches. La vraie vie quoi!
(Cahiers de l'Oisans. 30.06.06)